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Mahébourg: Ambiance maussade pour les fêtes

Mahebourg

La capitale du Sud-Est, Mahébourg aurait bien besoin d’un peu de couleurs en cette période de fin d’année! Covid-19, et échouage du Wakashio, Mahébourg n’a pas le cœur à la fête après les événements qui ont bousculé son quotidien.

A quelques jours de la clôture de 2020, le centre de Mahébourg est envahi de monde. Des gens qui déambulent, chacun venu, sans doute, dans le but de se procurer quelque chose. 

Néanmoins, les commerçants rencontrés par notre journaliste en herbe soulignent la différence qui existe entre foule et clients, et parlent de morosité du marché.  Une lenteur du climat des affaires qui a un lien étroit avec la Covid-19, mais aussi au manque à gagner provoqué par l’échouage du Wakashio

Outre la pandémie de la Covid-19, qui a mis toute l’île Maurice à l’arrêt, le Sud-Est a, également, dû faire face, en août dernier, au pire désastre écologique du pays. Notamment, le déversement de plus de 1,000 tonnes d’hydrocarbures dans le lagon et les eaux turquoises du Sud-Est. Cette marée noire avait mis à l’arrêt l’activité professionnelle de nombreux villageois de la région, notamment ceux vivant de la mer. Plus de 30 kilomètres de plage avaient été décrétés zones interdites, pendant plusieurs mois. 

On interrompt Rousha, vendeuse à la foire de Mahébourg, alors qu’elle glissait machinalement son doigt sur son smartphone. On doit s’y prendre à deux fois… “Rien d’extra,” dit-elle, les yeux toujours sur son téléphone. “Certes on est en  période festive, mais la vente a beaucoup baissé, il n’y a pas la foule des années précédentes. C’est probablement la Covid-19” , dit-elle, en nous regardant furtivement, avant de fixer de nouveau son smartphone.

Taresh Goordin, propriétaire de boutique, abonde dans le même sens. “La Covid-19 a frappé le pays de plein fouet, les impacts économiques sont forts, même si le plus important c’est d’être en vie. Il faut rester optimiste”. Et d’ajouter que “comparé à l’an dernier, les affaires sont lentes, car beaucoup de personnes n’ont pas d’argent pour faire les dépenses supplémentaires associées aux fêtes de fin d’année. Nombreux sont ceux qui préfèrent économiser, car on ne sait pas ce que nous réserve 2021. Tout cela a un effet non négligeable sur nous aussi, les commerçants”, dit-il. 

Il est 12:15, Rajesh, accompagné de sa famille, vient tout juste d’arriver au centre de  Mahébourg. Il nous confie qu’à cette heure, le village devrait normalement grouiller de monde.  “L’an dernier, à cette période, il y avait beaucoup plus de monde. Les gens n’ont pas assez d’argent. Ils n’ont pas pu travailler normalement avec le confinement,” dit-il avec fermeté. 

Tom, pêcheur, nous explique que “ça fait presque 1 ans que les pêcheurs ne sont pas allés à la pêche à cause de la Covid-19 et du naufrage du Wakashio. La mer est notre gagne-pain, il y a des pêcheurs qui perçoivent une pension, mais d’autres non. Et comme on le sait, pendant les fêtes de fin d’année, le budget est multiplié par quatre.Heureusement, j’avais déjà mis de l’argent de côté. Cela m’aide en cette période. Mais je ne peux dire que c’est la même situation pour les autres pêcheurs,” explique-t-il. 

Face au flot de personnes qui ne s’arrêtent presque pas, certains vendeurs s’affairaient à ranger continuellement leurs produits. D’autres restaient assis passivement, attendant le client. Et on entend un marchand beaucoup plus entreprenant hurler dans un micro sans fil: “Rs 100 roupies savates” de l’autre côté de la rue commerçante.

Anjeli, pour sa part, nous confie qu’il n’y a pas beaucoup de cadeaux cette année et qu’il y a un manque de nouveauté. “Comme la tradition le demande, il faut acheter des cadeaux pour les enfants mais cette année les cadeaux ne sont pas nombreux. Avec la Covid-19, il n’y a pas de nouveautés, les cadeaux sont plus au moins les mêmes, et ils sont très chers.” explique t-elle.

Petite consolation, le Made in Mauritius semble avoir foisonné cette année-ci, avec des produits artisanaux contemporains. A l’instar des pots de fleurs, confectionnés avec des serviettes et du ciment. Les vidéos de la méthode avaient fait le buzz sur la toile pendant le confinement, et semble aujourd’hui faire des émules.  

Revadee est venu faire quelques achats pour la maison.  “Mahebourg a tout le temps eu une belle ambiance durant les derniers jours de l’année”, dit-elle. Cette dernière ajoute qu’elle n’aime pas les foules, mais souligne que ce n’est pas un problème avec l’affluence d’aujourd’hui. “Même si les gens ne font pas d’ achats, ils sortiront définitivement  pour faire un tour. Il y a des hauts et des bas mais il faut aussi se faire plaisir”, dit- elle.

Pradeep Reejane, vendeur de chaussures, explique que même si les ventes de cette année sont inférieures aux années précédentes, les personnes trouveront toujours le moyen pour s’acheter quelques produits pour les fêtes. “S’ils n’ont pas d’argent, certains n’hésiteront pas à prendre un prêt”, dit- il.