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22e anniversaire de la mort de Kaya : Zistwar revoltan

Kaya

Le 21 février dernier 1999, le chanteur mauricien Kaya est retrouvé mort dans la cellule No.6 des casernes centrales, à Port-Louis. Il est âgé de 38 ans. Sa mort dans des circonstances mystérieuses provoquera un cri de révolte sans précédent. Retour sur cette page douloureuse de l’histoire de l’île Maurice.

Joseph Réginald Topize, de son nom d’artiste Kaya, inspiré d’une chanson de Bob Marley,  est le fondateur, avec son groupe Racinetatane, du seggae, mélange de séga, musique traditionnelle mauricienne et du reggae de Bob Marley.

Le seggae est aujourd’hui un héritage, une originalité artistique propre à l’île Maurice. Cette fusion a notamment initié une vague culturelle. L’artiste était apprécié et attirait toujours la foule lors de ses concerts. 

Néanmoins, le génie du seggae trouvera la mort dans des circonstances intrigantes. 

Le chanteur fut arrêté le jeudi 18 février 1999, après que des articles de presse faisaient état que plusieurs personnes ont ouvertement fumé du gandia pendant un concert meeting, organisé le 16 février 1999 à Rose-Hill, par le Mouvement Républicain de Rama Valayden. Un concert-meeting en faveur de la dépénalisation du gandia où Kaya et plusieurs autres artistes avaient participé. 

Lors de son interrogatoire, le chanteur concède avoir fumé du cannabis au cours de cet évènement.

Il sera présenté en cour et la police n’objectera pas à sa remise en liberté. La caution est fixée à Rs 10 000. Dans l’incapacité de la payer, Kaya sera reconduit à Alcatraz. 

Le samedi 20 février, la veuve de Kaya, Véronique Topize se présente avec l’argent pour la caution  mais la cour était déjà fermée. On lui fait comprendre que ce n’est que le lundi 22 février, qu’elle allait pouvoir faire libérer son mari.  

Néanmoins, aux petites heures du dimanche 21 février 1999, Kaya est retrouvé mort dans la cellule No.6 d’Alcatraz, provoquant interrogations et colère. 

Le journal L’Express titrait le lendemain que Kaya est mort d’une fracture du crâne, la police répliquera avec un communiqué : “ The medical evidence shows beyond any doubt that this man [Kaya] did not suffer from any fracture of the skull…The Police is in presence of a statement of an independent person indicating that this man’s behavior prior to his collapse almost certainly led to his own death ”.

La police expliquera que l’artiste se serait frappé la tête contre le mur de sa cellule. 

Une contre-autopsie réalisée par le Dr Ramstein révèlera que le corps de Kaya portait des ecchymoses provoquées par un objet contondant et qu’il a été violemment projeté au sol.

La mort de ce chanteur originaire de Roche-Bois sera l’étincelle et provoquera une profonde colère. Les habitants de Roche-Bois sont les premiers à se révolter. 

“These pellets are not meant to kill”

La mort d’un autre musicien de Roche Bois, Berger Agathe, rendit les émeutiers furieux. 

Ami proche de Kaya, Berger Agathe, auteur de « Non la vyolans », avait pris une volée de plombs à Roche Bois le touchant au visage, au cou, à la poitrine, à l’abdomen, entre autres. Les billes de plomb avaient notamment touché le cœur, perforé son foie et son estomac.

Des témoins racontèrent qu’un policier, un genou à terre, avait épaulé son fusil avant de faire feu sur Berger Agathe. Ce dernier aurait enlevé sa chemise blanche pour l’utiliser comme drapeau hurlant à la police : “Arete, ale!”. 

Plus tard, en cour, l’ASP Dass Joganah témoignera que ; “these pellets are not meant to kill I never saw anybody falling or injured”.  

Les émeutiers dénoncèrent la violence légitimisée par la police mais aussi la faillite de la gestion du multiculturalisme par l’État. 

Ce cri de révolte s’articule plus largement à l’expression d’un sentiment d’injustice portant sur l’accès à la sécurité et aux ressources nationales de la communauté créole. 

La désinformation et les rumeurs étaient monnaie courante à l’époque. Elles résulteront à communaliser ce cri de révolte. Des rumeurs parlant d’attaques de temples, de mosquées, d’églises et qui voulaient faire accroire que ces émeutes n’étaient pas dirigées contre la police et l’Etat, mais contre les hindous pour être la majorité.  Des maisons seront incendiées à Triolet, Goodlands, 

Enquête judiciaire

L’État n’a toujours pas assumé ses responsabilités sur les circonstances qui ont conduit à la mort de Joseph Réginald Topize dans la cellule No 6 d’Alcatraz. 

Dans son rapport, le Dr Ramstein souligne que l’artiste avait été sauvagement secoué par ses dreadlocks provoquant des dégâts au cerveau, causant la mort du chanteur. 

Si le médecin légiste de la police, le Dr Surnam, a fait la même observation quant à la cause de la mort, il l’a cependant attribué le décès à une chute.

Précisons que le rapport du Dr Surnam, pratiqué le 21 février, est sorti juste après celui du Dr Ramstein, dont l’autopsie avait été réalisée deux jours plus tard, le 23 février.

Une enquête judiciaire sera ouverte pour faire la lumière sur cette sombre affaire. L’Etat fit notamment venir plusieurs experts, dont le Dr Hugh Whyte, sollicité par David Shattock, le conseiller du Premier ministre d’alors, Navin Ramgoolam.

Il réfuta le rapport du Dr Ramstein à la barre des témoins, sans pourtant n’avoir jamais vu le corps de Kaya. Le Dr Whyte insistait que rien ne prouvait que Kaya avait reçu des coups et qu’il n’y avait pas eu de « foul play ».

Plusieurs voisins de cellule du chanteur seront appelés à la barre des témoins où ils révèleront avoir entendu Kaya supplier « ayo pa bate » dans la nuit du 20 au 21 février 1999. 

L’enquête judiciaire présidée par le magistrat Kam Sing conclura qu’il n’y avait pas eu de « foul play ». 

Une commission d’enquête sera également instituée, mais le rapport ne sera publié qu’après le changement de gouvernement en septembre 2000. Ce document est très critique envers le Premier ministre d’alors, la police mais aussi  le rôle du Mouvement républicain (MR).  Navin Ramgoolam de même que Rama Valayden obtiendront, toutefois, une correction du document après avoir eu recours à la Cour suprême pour contester les observations de la commission. 

L’État compensera la veuve du chanteur à hauteur de Rs 4,5 millions dans un accord avec cette dernière en 2006.Dans une interview de presse, le ministre de la Justice, d’alors, Rama Valayden déclarera ceci : « On a conclu un arrangement et il n’a jamais été question d’accepter nos torts (du gouvernement) ou non »