Home » Ile Maurice : Une situation économique pire que prévue, selon Moody’s
Economie

Ile Maurice : Une situation économique pire que prévue, selon Moody’s

moody's logo

C’était attendu! L’agence internationale de notation, Moody’s, a revu à la baisse la notation pour l’île Maurice, de Baa1 à Baa2 et a maintenu la perspective négative. La situation économique est pire que celle prévue par Moody’s.

La rétrogradation à Baa2 reflète l’affaiblissement de la vigueur budgétaire et économique en raison du choc provoqué par la pandémie du coronavirus, explique d’emblée l’agence Moody’s. 

Maurice est confrontée à des cicatrices économiques à long terme plus graves que celles prévues par Moody’s il y a un an, ce qui réduira à la fois la vigueur économique et budgétaire, explique l’agence. 

Le PIB réel s’est contracté de 15% en 2020, le secteur du tourisme étant le plus durement touché. Maurice est confrontée à des perspectives de reprise économique plus lente, l’industrie du tourisme étant susceptible de souffrir des effets durables du choc provoqué par la pandémie de coronavirus.

« La reprise économique est fortement tributaire d’un rebond de l’activité touristique. La contribution directe du tourisme au PIB est estimée à 8,2% du PIB en 2019 et, en incluant la contribution indirecte d’autres industries telles que le transport et l’hébergement et la restauration, on atteint 23% du PIB », est-il expliqué.

Le gouvernement s’attend à ce que les flux touristiques internationaux reprennent au second semestre 2021. Alors que Moody’s suppose également que l’activité dans le secteur du tourisme augmentera au cours de cette année, un retour des arrivées de touristes pré-pandémique est probable dans plusieurs années. 

« Selon le scénario de référence de Moody’s pour une croissance économique de 6,5% et 5% en 2021 et 2022, respectivement, on anticipe une reprise dans les secteurs non touristiques qui a commencé depuis l’assouplissement des mesures de confinement au second semestre 2020. L’économie mauricienne restera en deçà de 5% de ses niveaux économiques de 2019, en 2022. Le revenu par habitant (mesuré en monnaie locale) ne reviendra aux niveaux de 2019 qu’à la fin de 2022 », souligne Moody’s.

La sévérité de la contraction et la réponse de la politique budgétaire du gouvernement contribuent à une augmentation significative de la dette publique et à un affaiblissement de la solidité budgétaire de Maurice. « La réponse de la politique budgétaire du gouvernement au choc du coronavirus a été l’une des plus importantes parmi les pays notés par Moody’s. Le gouvernement a élargi les régimes de protection sociale visant à soutenir les revenus des ménages et à minimiser les pertes d’emplois, tout en apportant un soutien aux grandes entreprises et autres entreprises touchées par le choc du coronavirus », affirme Moody’s.

Bien que le gouvernement s’engage à maintenir des déficits modérés à moyen terme, le rythme de l’assainissement budgétaire dépendra en grande partie de la rapidité de la reprise économique, un assainissement budgétaire proactif important étant improbable à court terme, selon l’agence.

« Dans l’ensemble, le fardeau de la dette de Maurice était déjà plus élevé que celui de ses homologues notés Baa et augmentera encore en raison de la pandémie. La dette de l’administration centrale est passée à 73,4% du PIB à la fin de l’exercice 2020 (se terminant le 30 juin 2020), au-dessus de la médiane notée Baa de 63,8%. Moody’s s’attend à ce que la dette publique atteigne un peu plus de 80% du PIB en 2021, avant de baisser progressivement. Une subvention inconditionnelle de la banque centrale, d’une valeur de 12% du PIB, a empêché une augmentation encore plus importante de la dette publique », est-il écrit.

Le profil de crédit de Maurice continue de bénéficier d’un environnement politique et macroéconomique stable propice à la croissance et attirant les investissements étrangers. Avant le choc du coronavirus, l’économie mauricienne affichait des taux de croissance très stables, en moyenne de 3,7% entre 2010 et 2019. L’accord de libre-échange récemment établi avec la Chine et la signature d’une coopération économique globale et d’un partenariat avec l’Inde stimuleront probablement le commerce et les investissements avec les deux pays au cours des prochaines années.

L’environnement d’investissement favorable aux entreprises du pays a attiré les investissements étrangers, principalement dans le secteur financier, ce qui a contribué à l’accumulation de réserves internationales. L’accumulation d’un stock important de réserves internationales fournit un tampon important aux chocs externes.

Suite à l’annonce de Moody’s, la Mauritius Bankers Association Limited a émis un communiqué soulignant que le statut d’Investment grade de Maurice a été maintenu.  « Comme la plupart des pays à travers le monde, Maurice a été considérablement affectée par l’impact économique de la pandémie de la Covid-19. Par conséquent, les agences de notation ont revu à la baisse leurs notes et perspectives pour plusieurs pays, avec un recul de plusieurs crans dans certains des cas. Ces révisions sont généralement basées sur des facteurs tels que les contraintes fiscales, l’augmentation de la dette publique, et la visibilité sur le plan économique. Maurice conserve son statut d’unique centre financier international dans la région sub-saharienne avec une notation «Investment grade» », souligne la MBA. 
Les banques commerciales opérant à Maurice demeurent stables, liquides, et bien capitalisées, est-il ajouté dans le communiqué.  « La MBA prend également note que le rapport fait ressortir notre cadre politique et macroéconomique stable, qui est propice à la croissance et pour attirer les investissements directs étrangers. L’agence de notation prévoit une augmentation du flux de commerce et de l’investissement à la suite des récents accords bilatéraux conclus avec la Chine et l’Inde et prend aussi note que nos réserves considérables en devises étrangères sont une protection significative face aux chocs externes ».