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Iqbal Masih, enfant esclave et martyr: “N’achetez plus le sang des enfants”

Iqbal Masih

Le 16 avril 2021, le monde célèbre la journée mondiale contre l’esclavage des enfants. Cette journée a été instituée en 1995 après la mort d’un jeune pakistanais de 12 ans, Iqbal Masih, qui avait tenté de dénoncer les mauvais traitements subis depuis qu’il avait été vendu pour rembourser une dette familiale.

Iqbal est né le 4 avril 1983 à Muridke, un petit village au Pakistan. Son père abandonne sa famille un peu après la naissance d’Iqbal. Vivant dans l’extrême pauvreté, sa famille doit régulièrement emprunter de l’argent auprès des usuriers pour survivre. Sa mère est une femme de ménage; Iqbal a plusieurs sœurs et un frère, il est le plus jeune.

Les dettes s’accumulent, Iqbal est vendu à l’âge de 4 ans,  pour la somme de USD 12. C’est là, une pratique peu avouable où les enfants sont vendus et forcés au travail, afin de rembourser les dettes de leurs parents. 

Vendu pour USD 12

Iqbal travaille dans une fabrique de briques, puis dans un atelier de tisserand. Il est enchaîné avec les autres enfants esclaves, pour les empêcher de fuir. 

Agé de neuf ans, Iqbal et quelques camarades réussirent pourtant à s’enfuir. Dans son évasion, il fait la rencontre fortuite d’un avocat, Eshan Khan, qui plus est, est le président de la BLLF (Front de libération contre le travail forcé des enfants). 

Après près de six ans d’esclavage, Iqbal devint finalement un enfant libre.  Il devient rapidement l’une des figures emblématiques de la lutte contre l’esclavage des enfants. Porte-parole du BLLF, Iqbal voyage aux quatre coins du monde (Inde, Europe, Etats-Unis).   “Nous nous levons à 4 heures du matin et travaillons enchaînés durant 12 heures… n’achetez pas le sang des enfants!”, déclare-t-il au monde entier.

Sous la pression internationale, le gouvernement pakistanais finira par fermer nombreuses fabriques de tapis où travaillaient des enfants dans des conditions d’esclavage. Plus de 3,000 enfants seront libérés. 

En 1994, Iqbal  reçoit le prix Reebok des droits de l’homme, un prix de la fondation Reebok, qui est accompagné d’une enveloppe financière. Iqbal dira qu’il l’utilisera pour faire des études de droit. Un rêve qu’il ne réalisera cependant jamais. 

Assassinat

Alors qu’il se promène à vélo, avec des amis, dans son village natal, il est assassiné, le 16 avril 1995. Il avait douze ans. Les circonstances du meurtre demeurent troubles, mais les soupcons pèsent rapidement sur la « mafia du tapis » pakistanaise. “Ehsan Ullah Khan, le président de la branche pakistanaise du Front de libération du travail en esclavage (Bonded Labor Liberation Front, BLLF), a accusé les industriels du tapis et la « mafia du tapis » ­ qui emploient un demi-million de petites mains dans leurs usines selon le BLLF ­d’être responsables de ce meurtre. Iqbal Masih avait reçu plusieurs menaces de mort, les dernières deux semaines auparavant”, rapporte  Libération – publié le 20 avril 1995. 

En 1998, la Radiotelevisione Italiana, Arte et Red Film Group produiront un film reprenant l’histoire d’Iqbal Masih sous le titre Iqbal – Non à l’esclavage des enfants.

En 2000, Iqbal a reçu à titre posthume le World’s Children’s Prize for the Rights of the Child

En janvier 2009, le Congrès des États-Unis a créé un prix annuel, le Prix Iqbal Masih pour l’éradication du travail des enfants (Iqbal Masih Award for the Elimination of Child Labor).

Le travail et la mort d’Iqbal ont inspiré un jeune canadien de 12 ans, Craig Kielburger à lancer en 1995, l’organisation Free The Children, qui deviendra par la suite We Charity. 

Si le travail des enfants existe dans quasiment tous les pays du monde, c’est dans les pays en développement qu’il est le plus pratiqué. Selon le Bureau International du Travail, le travail des enfants a baissé de 38 pour cent ces dix dernières années. Cependant, 152 millions d’enfants sont encore touchés. “Près de la moitié des cas de travail des enfants sont recensés en Afrique (72 millions d’enfants), suivie par l’Asie et le Pacifique (62 millions). 70 pour cent des enfants qui travaillent le font dans l’agriculture, essentiellement dans l’agriculture vivrière et commerciale, ainsi que dans l’élevage de bétail. Près de la moitié de ces enfants exercent leur activité dans des métiers ou des situations considérés comme dangereux pour leur santé et pour leur vie”, est-il souligné.

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