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Ile Maurice | Drogue: Un pays en overdose

Drogue

L’île Maurice a perdu le combat contre la drogue! C’est le constat du travailleur social, Ally Lazer. La prolifération de la drogue à Maurice devient de plus en plus inquiétante. Le fondateur du Centre Les Mariannes Wellness Sanctuary, le Dr Siddick Maudarbocus explique à afm.media, le processus d’addiction et comment y lutter efficacement. 

L’île Maurice a perdu le combat contre la drogue! C’est le constat du travailleur social, Ally Lazer. Il souligne que la drogue est devenue de plus en plus accessible. L’importation, tout comme la vente, ne connaissent aucun ralentissement, malgré les nombreuses saisies, dit-il. « A Maurice, la situation est ‘from bad to worse’. Je sens qu’on a déjà perdu la guerre contre le trafic de drogue. Tous les jours, les limiers de l’Adsu réalisent des saisies de drogue, pourtant cela ne semble guère perturber le marché qui continue d’être approvisionné », affirme le travailleur social.

Le fondateur du Centre Les Mariannes Wellness Sanctuary, le Dr Siddick Maudarbocus fait ressortir que nous nous reposons sur la répression et le système juridique pour résoudre le problème, alors que la solution, selon lui, passe par la sensibilisation. Une sensibilisation au sein de la structure familiale et scolaire.

Constat

Près de 10,000 personnes ont été arrêtées à Maurice pour des affaires de drogues de 2015 à 2019. Selon les chiffres officiels, la valeur des drogues saisies de 2015 à 2019, se monte à Rs 8,5 milliards. Au total, 300,000 plantes de cannabis ont été déracinées par les autorités et, près de 550 kilos d’héroïne saisies.

La saisie record de 2017 (135 kilos d’héroïne valant Rs 2 milliard) a été battue cette année, avec la découverte de  243,45 kg d’héroïne et 26 kg de résine de cannabis sur un chantier à Pointe-aux-Canonniers. 

Drogue de Synthèse

Les drogues de synthèse ont également fait leur apparition sur l’île, depuis quelques années déjà. Elle a commencé à prendre de l’ampleur à partir de 2015. Le nombre d’infractions relatives à la drogue de synthèse est passé, de 117 en 2015 à plus de 1,600 cas en 2019.

La drogue synthétique représente aujourd’hui, près d’un quart des saisies, contre 50% pour le cannabis et environ 25% pour l’héroïne.

D’ailleurs, selon une récente étude, le rapport d’ENACT, Maurice se retrouve premier, devant l’Afrique du Sud, parmi les pays de l’Afrique australe en termes de consommation de drogue synthétique. L’île figure dans les trois premiers sur la totalité des 53 pays africains.

Danny Philippe, Danny Philippe, chargé de prévention et plaidoyer à DRIP (Développement, Rassemblement, Information, Prévention), souligne que la consommation excessive de drogue synthétique est provoquée par son accessibilité et son prix réduit. Il fait ressortir que la menace est majeure puisque les ingrédients de ce dernier restent souvent pour le consommateur inconnu. 

« Nous devons prendre en considération que l’île Maurice est une petite île et que la drogue peut se propager très vite et en plus la technologie et les réseaux sociaux facilitent la pénétration », souligne le Dr Maudarbocus.

Alors qu’Ally Lazer souligne que vingt ans de cela, United Nations Office for Drug Control (UNODC) avait déjà classé Maurice en tête de liste pour la consommation de drogues en Afrique.

« Il avait classé Maurice comme étant le premier pays au niveau de la consommation d’héroïne, une drogue qui n’est même pas produite à Maurice et maintenant, nous sommes aussi les premiers au niveau des drogues synthétiques. En ce moment il n’y a pas un endroit où la drogue synthétique n’est pas disponible », dit-il.

Les jeunes, les plus touchés

Danny Philippe explique qu’il y a un rajeunissement et même une féminisation des consommateurs à Maurice. 

Ally Lazer qui en a vu défiler des ‘addicts, explique que la disponibilité et le prix abordable des drogues synthétiques font que les jeunes sont les plus susceptibles de devenir des accros.

Même son de cloche, de la part du Dr.Maudarbocus. « Je crois qu’à Maurice et, je pense que tout le monde sera d’accord avec moi, que les consommateurs de drogue sont de plus en plus jeunes. Le prix humain à payer est très lourd, car ils peuvent faire beaucoup de dégâts au niveau de leurs familles. Par exemple, ils peuvent commencer à voler leurs parents et des fois cela peut même mener au meurtre, comme on a été témoin récemment’».

Danny Philippe souligne que les endroits les plus touchés sont les régions où la pauvreté domine. Il fait ressortir plusieurs facteurs tels que l’éducation, l’inégalité sociale ou les familles brisées qui amènent souvent à la consommation de drogues.  

« La prévention se fait souvent dès l’âge de 13 ans, mais ces dernières années nous avons pu noter un rajeunissement des consommateurs », dit Danny Philippe. Il estime que la prévention dès la petite enfance doit être instaurée en raison de l’exposition précoce de certains enfants à la drogue’.

Comment devient-on accro ?

Généralement un jeune touche à la drogue pour différentes raisons; la curiosité ou la pression des pairs, entre autres, explique Ally Lazer. « Il y a aussi une nouvelle mode actuellement, que nous avons constatée auprès des jeunes, qui veut que ceux qui consomment de la drogue deviennent sexuellement plus performants. Les jeunes, malheureusement, se laissent facilement piéger par toutes ces pressions », affirme-t-il.

Le Dr Maudarbocus nous offre une explication beaucoup plus scientifique. « Les drogues créent une décharge de dopamine dans le cerveau, qui mène à un effet de bien-être et de calme et, très souvent, ils veulent retenter l’expérience. Dans cette quête, le consommateur va avoir besoin de plus fortes doses, et ce, à une fréquence plus régulière ». Et il ajoute, que la personne qui est dépendante va trouver cela difficile d’arrêter, car au niveau de la biochimie du cerveau, il y a un déséquilibre qui s’installe petit à petit. « Les drogues vont venir équilibrer cette balance, donc il va se sentir bien pour un court moment, mais il sentira toujours ce besoin. En résumé, quelqu’un devient accro, car il recherche cet état de bien-être artificiel », explique-t-il.

Les Mariannes Wellness Sanctuary traite l’addiction depuis 10 ans. « On a pu traiter plus de 2000 patients. Pour traiter la dépendance, nous commençons par isoler la personne de son environnement habituel. Le patient reste sous une stricte surveillance. Ensuite, nous travaillons sur la biochimie du cerveau, le patient peut être violent, ou avoir des insomnies. Nous faisons en sorte que les symptômes de sevrage soient tolérables pour le patient. Nous n’utilisons pas de méthadone, mais seulement des médicaments psychiatriques qui travaillent sur les neurotransmetteurs ‘dé-balancés’ ».

Une fois, les neurotransmetteurs “balancés”, ajoute-t-il, la personne devient plus calme, place ainsi à la phase de “counselling”. « Durant le counselling, on essaie de comprendre comment ils sont devenus accros. “We are being fuelled by emotions”, et il faut creuser pour voir où se trouve ce manquement émotionnel, puis nous intervenons avec le ‘Emotional Freedom Technique’ et la médecine bioénergétique pour éliminer les émotions négatives et ainsi empêcher la rechute. J’appelle ce processus ‘reengineering the brain’ », dit-il.

Le Dr Maudarbocus prévient que quelqu’un qui a beaucoup d’émotions négatives et des pensées toxiques, reste un “potentiel addict”. « C’est stupide de couper l’envie de consommer quand la personne est toujours à fleur de peau, ou a des émotions négatives. Il faut rééquilibrer la personne par la médecine bioénergétique, par la méditation, le yoga, le reiki et l’acupuncture », explique-t-il.

Comment limiter la prolifération de la drogue

Pour limiter la prolifération de la drogue à Maurice, le travailleur social, Ally Lazer estime qu’il faut réduire l’offre et la demande. Une réduction de l’offre qui passe par une meilleure efficacité de la part de la police et de la douane. Alors que pour s’attaquer à la demande, Ally Lazer prône la prévention, le traitement et la réinsertion. « La NATRESA était la seule institution gouvernementale à lutter contre la drogue, mais sans crier gare, ils ont décidé de la fermer. Ils auraient dû réinventer l’institution pour qu’elle travaille en collaboration avec les écoles depuis la primaire jusqu’au tertiaire », explique-t-il.

Dépénalisation du Cannabis

Pour beaucoup d’observateurs, la solution à l’addiction à la drogue dure pourrait passer par la dépénalisation du cannabis. Le Dr Maudarboccus trouve cependant le mot “dépénalisation”, un peu fort. « Mais j’aurais aimé que la cannabis soit plus accessible et, d’une façon contrôlée pour qu’il n’y ait pas d’abus. J’ai observé avec beaucoup de patients que le cannabis est moins nocif parmi toutes les drogues que j’ai connu, comme médecin ».

« La dépénalisation du cannabis pourrait éventuellement réduire l’accès à un autre produit illicite beaucoup plus dangereux », dit Danny Philippe.
Ally Lazer prône, lui aussi, une utilisation contrôlée de la plante à des fins médicales. « Je suis contre une dépénalisation qui permet qu’on en consomme quand on le veut ».

HeroineCannabisPsychotropeDrogue de synthèseautre
20099.5 kg71.0 kg4149 pilules0.006 kg
20103.7 kg56.0 kg40641 pilules0.107 kg
20113.6 kg102.9 kg35791 pilules
201218.3 kg 69.1 kg12918 pilules0.7 kg
201314.1 kg104.8 kg10441 pilules1.7 kg
201412.0 kg118.2 kg4067 pilules0.6 kg
201513.1 kg80.3 kg1475 pilules5.4 kg
201617.1 kg83.6 kg6311 pilules2.1 kg
2017173.1 kg88.2 kg32049 pilules6.8 kg5.8 kg
2018131.9 kg100.0 kg5355 pilules12.8 kg18.8 kg
201946.6 kg23.7 kg13759 pilules9.1 kg132.2 kg