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Budget 2021/22

Sen Ramsamy, DG de Tourism Business Intelligence: “La relance de l’économie nationale et du tourisme ne se fera pas par des agents politiques”

Sen Ramsamy | Directeur Général | Tourism Business Intelligence

Nombreux sont les acteurs de l’industrie touristique à attendre avec impatience la présentation du Budget 2021/22. Ceci, afin de connaître les mesures visant à redynamiser un secteur mis à genou par la Covid-19. Sen Ramsamy, directeur général de Tourism Business Intelligence, donne un aperçu de l’état actuel de l’industrie du tourisme et de certaines mesures qui pourraient contribuer à stimuler l’industrie.

Sen Ramsamy explique que depuis l’année dernière, l’industrie du tourisme traverse des moments sans précédent. “Il n’y a pas de visibilité sur l’avenir et en même temps, les frontières restent fermées, nos hôtels sont vides, l’aéroport est fermé, les avions sont cloués au sol. De ce fait, c’est très difficile de prévoir ce qui va se passer dans les mois et les années à venir”, dit-il. 

S’il comprend la position du gouvernement sur la fermeture des frontières et l’importance de protéger la population, il trouve tout aussi importante la réouverture de l’économie. “La position du gouvernement est tout à fait compréhensible dans le sens qu’il faut protéger la population. Et en même temps, on dit toujours tout en prenant les précautions nécessaires en respectant les protocoles sanitaires, il est aussi primordial que l’économie soit remise sur les rails, tout en  prenant les précautions nécessaires en respectant notamment les protocoles sanitaires” lança-t-il.

Industrie qui fait vivre 100 000 personnes

Sen Ramsamy explique, en outre, qu’il y a 30 000 personnes à Maurice qui travaillent directement et au total 100 000 indirectement dans l’industrie du tourisme. Il pense que s’il est nécessaire d’attendre la fin de la pandémie, il faudra 3 à 4 ans pour que le secteur du tourisme reprenne des couleurs. “Il y a un gros problème qui pourrait déboucher sur d’autres problèmes sociaux à l’avenir si on n’arrive pas à prendre des décisions courageuses et audacieuses par rapport à l’ouverture de nos frontières comme les autres pays tels que les Maldives, le Sri Lanka et les Seychelles. C’est vrai qu’aux Seychelles, il y a eu une résurgence de la contamination, les Maldives aussi passent par des moments difficiles mais ils ont quand même essayer de prendre des précautions pour faire respecter le protocole sanitaire tout en relançant l’économie”, explique-t-il. 

Selon Sen Ramsamy, il y a un choix: mourir de la pandémie ou mourir de faim. C’est pourquoi il estime que l’ouverture des frontières est de la plus haute importance.

“On doit ouvrir nos frontières de façon très intelligente, stratégique et aussi de manière très respectueuse des normes,” dit-il. 

Cependant, Sen Ramsamy explique que la réouverture des frontières ne signifie pas nécessairement que les touristes commenceront à venir à Maurice. De nombreuses questions liées à la situation du COVID-19 seront posées, déclare-t-il. Il précise que la campagne de vaccination étant loin d’atteindre le quota pour le “herd immunity” est l’une des questions qui seront posées suivies des comportements des Mauriciens envers les protocoles sanitaires.

PAYS   Arrivées
20192020 % change
France302,03879,510-73.7
Allemagne129,10036,047-72.1
Ile de la Réunion137,57030,581-77.8
Grande-Bretagne141,52022,687-84.0
Afrique du Sud118,55619,370-83.7
Inde75,67312,781-83.1
Italie41,9917,567-82.0
Total main markets946,448208,543-78.0
Total1,383,488308,980-77.7

Budget 2021/22: Les mesures anticipées

Sen Ramsamy explique que les mesures traditionnelles qui sont normalement mises en évidence dans le budget ne seront pas durables à l’avenir.  “Si on écoute ce que la plupart des opérateurs proposent, avec leurs shopping lists traditionnelles dans le cadre du budget, je crains qu’on ne va pas avancer de façon durable à l’avenir. Pourquoi? Parce que si on compte développer le tourisme sur le même modèle des dernières 50-60 années, c’est sûr qu’on va se retrouver le bec dans l’eau”, dit-il. 

Sen Ramsamy est également revenu sur certaines mesures budgétaires de l’an dernier. Pour lui, le contrat de 400 millions avec Liverpool pour faire une publicité du site Web de Mauritius Now était un exercice complètement raté”.

 Si on met à la tête des institutions du tourisme des agents politiques qui ne connaissent même pas la définition d’un touriste, c’est sûr qu’on ira nulle part, explique-t-il. “Je le dis toujours, quitte à déplaire à certains, que la relance de l’économie nationale et du tourisme ne se fera pas par des agents politiques qui n’ont aucune formation en matière de tourisme”, ajouta-t-il.

AnnéesMontant (Rs Milliard)
201760,3
201864
201963
202017,7
Recettes Touristiques
St. Regis Mauritius Resort

Le plan de Sen

Le directeur général de Tourism Business Intelligence dit travailler sur un plan qu’il a partagé avec des professionnels, à l’instar des opérateurs du secteur mais aussi des économistes.

“Maurice peut reprendre sa place de leader du tourisme au niveau régional, nous avons la possibilité d’obtenir des recettes touristiques jusqu’à Rs 80 milliards. En 2019, ces dernières étaient d’environ Rs 63 milliards pour 1.4 million de visiteurs. Une somme inférieure par rapport à ce que cela aurait pu être”, dit-ilAvec une reconfiguration du tourisme mauricien, nous avons le potentiel d’attirer jusqu’à Rs 80 milliards sur une année, selon Sen Ramsamy.  “Chaque année, on peut faire entre Rs 80 milliards à Rs 100 milliards, si on arrive à accepter un nouveau modèle de développement touristique tel que je le préconise, je crois que tout le monde sortira gagnant. Pas seulement les hôtels, mais tous les opérateurs du tourisme, des opérateurs de bateaux de plaisance, des guides touristiques, magasins, restaurants, Air Mauritius…”, affirme-t-il. 

Ce dernier propose de partager ce plan avec les opérateurs et le gouvernement. “Bien sûr, s’ils veulent bien écouter ce que humblement je propose, après 35 ans dans le secteur. Je partage mes idées avec beaucoup de pays, à travers le monde, en tant que consultant pour la Banque Mondiale et les Nations Unies, que ce soit dans Les Caraïbes, l’Afrique, au Moyen Orient, mais j’aurais vraiment souhaité partager mes idées avec mon pays, faire avancer mon propre pays au delà des considérations politiques. Je crois que c’est le moment pour le gouvernement de prendre de la hauteur, d’avoir une vision d’état, une vision globale pour le pays et ne pas faire prévaloir une petitesse d’esprit parce qu’on ne partage pas la même orientation politique”.

Pour Sen Ramsamy, s’il y a un secteur qui peut donner espoir et confiance, c’est bien le secteur du tourisme et de l’hôtellerie en général. Il estime que c’est le secteur où les Mauriciens ont un vrai talent. Mais si les attentes évoluent, l’offre mauricienne la doit aussi. Pour lui, les mesures traditionnelles avec l’accent sur la mer, le soleil et la plage sont réductrices des vraies capacités de l’île. Il y a beaucoup plus à exploiter, dit-il. Pour que cela se produise, l’écoute des experts de cette industrie est essentielle, selon lui.


Sen Ramsamy propose également l’utilisation de la jeune main-d’œuvre dans cette industrie. “Il y a des jeunes talents à Maurice, des jeunes diplômés dont certains avec des masters. Il faut  faire appel à eux pour aider à reconstruire le tourisme moderne, tout en sachant bien que la nouvelle génération de voyageurs est très compliquée. Les vrais talents de ce secteur se trouvent parmi les jeunes diplômés que nous formons depuis des années et qui sont au chômage aujourd’hui. Ils peuvent aider à améliorer le produit. La force du tourisme ce n’est pas que les hôteliers, la force du tourisme c’est la population mauricienne dans son ensemble”, conclut-il.