Home » Trisha Gukhool plaide pour l’introduction du congé menstruel pour les étudiantes
Societé

Trisha Gukhool plaide pour l’introduction du congé menstruel pour les étudiantes

Le congé menstruel, qui est surtout courant dans la sphère professionnelle, a fait l’objet de débats dans de nombreux pays. Si certains pays l’ont effectivement adopté, dans d’autres, la question de savoir s’il faut le mettre en œuvre ou non reste un sujet de discussion. À Maurice, aussi naturelles que soient les menstruations, elles restent un tabou, selon un rapport de l’île à la Convention on the Elimination of all Forms Discrimination Against Women (CEDAW).

Le sujet fait débat à Maurice depuis quelques jours lorsque Trisha Gukhool, consultante à l’UNDP, a commencé à plaider pour un congé menstruel dans les écoles. Contactée, Trisha Gukhool explique: “Dans le cas de Maurice, ce qui m’a spécifiquement interpellé c’était les cas où des étudiantes, ont été obligés à ne pas aller à l’école au moins un jour par mois, parce qu’elle souffrait de douleurs abdominaux avec d’autre problèmes de santé comme la nausée, les vertiges, et la diarrhée.” explique-t-elle

Trisha Gukhool ajoute que : “seules les femmes et les filles connaîtront cette douleur atroce, certaines moins, d’autres pas du tout. Certaines femmes souffrent réellement au point de s’évanouir. C’est pourquoi j’ai demandé que le congé menstruel soit introduit dans le système éducatif, afin qu’aucune fille ne soit pénalisée sur une base de genre ou de sexe.

Le congé menstruel comme excuse?

Anushka Virahsawmy, directrice nationale de Gender Links, ne nie pas qu’un congé menstruel soit nécessaire, mais elle garantit qu’il y aurait des abus.

“Oui, le “menstrual leave” serait idéal, mais il y a aussi d’autres problèmes, qu’il faut vraiment voir. Je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui disent que les personnes souffrent. J’en suis bien consciente, mais il faut voir comment cela peut se faire. Il y a beaucoup de filles qui ont leurs règles dès leurs 8 ans. Le “menstrual leave” demande toute une éducation pour pouvoir implémenter cela correctement, sinon je peux garantir qu’il aura des abus.” explique-t-elle

Anushka Virahsawmy fait allusion aux certificats médicaux qu’on peut facilement obtenir de nos jours. “Je ne sais pas quels sont les pays qui ont déjà adopté cela, les pays bien développés où il y a une discipline, ça peut marcher. Mais à Maurice malheureusement on peut payer un docteur pour avoir un sick note. Donc le “menstrual leave” demande énormément de travail et de recherche.” dit-t-elle

Trisha Gukhool souligne l’intérêt du public sur ce sujet. “Contrairement à mes autres campagnes, j’ai fait circuler une pétition, et pour le congé menstruel, il s’agissait surtout d’une demande pointue qui a été reprise par les médias. Et j’espère que les autorités en tiendront compte. Dans ce but, je vais également envoyer une lettre officielle au ministère concerné. Et la réaction du public a été vraiment impressionnante. Les gens se sont montrés très intéressés et de nombreuses femmes plaident pour le congé menstruel. J’espère qu’il se matérialise également pour soutenir les femmes qui ont de véritables crampes menstruelles et que ce congé menstruel ne sera pas considéré comme un sick leave”, explique-t-elle

Mesures prises par l’île Maurice

Dans un rapport présenté au Convention on the Elimination of all Forms Discrimination Against Women (CEDAW) par l’île Maurice, il est souligné qu’il est nécessaire d’enrayer le tabou lié aux menstruations et de mettre en œuvre un module solide sur la santé et les droits sexuels et génésiques. “Il devrait y avoir un module solide sur la santé et les droits sexuels et génésiques dans le programme d’études intégré. Les serviettes hygiéniques ne sont pas un article de luxe et l’accès à ces serviettes est une question de droit de l’homme et non un privilège. Certaines femmes n’ont pas accès aux serviettes hygiéniques ni à d’autres installations sanitaires telles que l’eau potable. Toutes les femmes, quel que soit leur statut social, devraient avoir accès à des serviettes hygiéniques et à des installations sanitaires. Les préservatifs sont gratuits et c’est un privilège. Les serviettes hygiéniques devraient être gratuites car c’est un besoin”, indique le rapport.

Il faut cependant noter qu’en 2017, le budget national a appliqué un gendering de la loi fiscale en supprimant la TVA sur les serviettes hygiéniques et les tampons. 

Dans cette même optique, Anushka Virahsawmy a souligné que lors de la discussion budgétaire pour le budget 20/21, une mesure “importante” a été proposée, à savoir la disponibilité de serviettes hygiéniques gratuites, en particulier dans les écoles. 

Contacté pour donner sa position sur ce sujet, le ministère de l’Égalité des Sexes et de la Protection de l’enfance n’a pas répondu à nos questions. 

Le congé menstruel dans le monde

Les congés menstruels remontent à l’Union soviétique dans les années 1920, tandis que le Japon et l’Indonésie l’ont fait dans les années 1940. Certains pays ont inscrit le congé menstruel dans leur code du travail: le Japon, la Corée du Sud, Taiwan, le Vietnam, certaines provinces chinoises et la Zambie. Des débats sont en cours aux Philippines, en Italie, en France, au Brésil et à Hong Kong. 

Dans certains pays où le congé menstruel ne figure pas dans le code du travail, ce sont les organisations et les entreprises qui l’ont mis en place. Parmi ces organisations et entreprises, citons le Victorian Women’s Trust en Australie, des sociétés informatiques et médiatiques en Inde, dont Culture Machine, Gozoop, Magzter et l’un des journaux du Kerala, la société de marketing numérique Shark and Shrimp en Égypte et l’organisation non gouvernementale Coexist en Grande-Bretagne.