Home » Budget: Des inondations aux arrosages, par Patrick BELCOURT
Opinion

Budget: Des inondations aux arrosages, par Patrick BELCOURT

Patrick BELCOURT | Leader | EN AVANT MORIS

Il était grand temps qu’un gouvernement s’attèle à cette tâche de gérer les inondations dans notre pays. Nos compatriotes ne ratent pas une taquinerie et c’est bien là notre nature de Mauricien. La conversation sur les réseaux sociaux se résume ainsi à des blagues au sujet des drains et, dans les faits, nous sommes surtout inondés – excusez le jeu de mots – par la démagogie partisane. 

Si on s’éloigne de cette démagogie, il faut bien admettre que la gestion des inondations est devenue une absolue nécessité. De même s’éloigner de cette démagogie exige aussi que l’on puisse reconnaître que les Rs 11,7 milliards inscrits au budget pour les trois prochaines années représente en réalité le coût que l’on va payer parce que, depuis notre indépendance, donc durant plus de cinq décennies, nos gouvernements n’ont jamais rien entrepris de sérieux dans ce domaine. 

Il faut bien commencer par s’interroger sur les motivations de cette décision. Les inondations du 30 mars 2013 avaient fait onze morts. Malgré les émotions vives que cette tragédie avait pu susciter, ce triste événement est vite passé aux oubliettes. Aura-t-il fallu que le vice-Premier ministre, M. Allan Ganoo, soit malmené à Chemin Grenier pour obtenir cette prise de conscience et enfin cette décision politique? 

Les inondations de Port-Louis en 2013, et celles du sud huit ans après, nous ramènent à une même problématique : les habitations dans les zones inondables. Dès que nous abordons cette problématique, nous sommes confrontés à une situation où toutes nos collectivités locales ont bel et bien octroyé ces innombrables permis pour que ces maisons soient érigées et habitées. 

De même, nos administrations locales, le ministère des Infrastructures publiques ont fermé les yeux sur ces murs qui ne respectent pas les distances réglementaires avec la route pour faire de la place aux drains comme aux trottoirs. C’est bien ce qui fait que de nombreuses routes soient devenues étroites. Et ce sont bien ces routes qui deviennent des rivières. Et ce sont ces mêmes murs qui retiennent l’eau nécessitant l’intervention des pompiers à chaque grosse pluie. Tout cela a un coût. Et le Dr. Padayachy nous le révèle enfin!

Si l’on ne peut qu’être d’accord avec le diagnostic du Dr. Padayachy, il faut quand même s’interroger sur les soins qu’il préconise. Notre problématique nous contraint ainsi à considérer ces nombreuses questions que l’on a tendance à passer à la trappe : 

  • Existe-t-il un répertoire de ces constructions illégales, sans les permis octroyés par les collectivités, et qui auraient dû aboutir en “pull down order”? 
  • Y a-t-il des cas d’interventions d’élus locaux ou nationaux pour passer outre les rapports défavorables émis par les ingénieurs des collectivités? 
  • Est-ce que l’ICAC sera sollicité pour enquêter sur les cas de corruption découlant de ces constructions illégales? 

Ces questions sont importantes. Pourquoi? Parce que, si on ne se les pose pas, cela voudra dire que c’est le contribuable qui va payer (1) pour que l’on procure des infrastructures à des resquilleurs, (2) pour que l’on passe l’éponge sur les gabegies des administrations, (3) pour que l’on continue avec les mêmes pratiques favorables à la corruption dans les administrations. 

Il faut que le ministre des Finances puisse réaliser que, même si nous sommes tout à fait d’accord qu’il nous faut une politique de gestion des inondations, les caisses de l’Etat ne devraient pas servir à financer les conséquences de l’anarchie. Quelle justice sociale pourrons-nous invoquer pour payer des infrastructures à ces spéculateurs fonciers qui ont empoché des millions sans se conformer aux règles? 

Sans ce nécessaire questionnement, et les clarifications qu’il exige, il ne faudrait pas s’étonner que ceux-là remportent des contrats dans le cadre de ces travaux! Et qu’ils nous ramènent, en outre, la main-d’œuvre à bas coût venant de tous les endroits de misère en Inde, en Chine et au Bangladesh, pour empocher encore plus de millions!

L’ironie de l’affaire serait, qu’au terme de ces trois ans – période qui correspond à l’échéance des législatives –, la gestion des inondations aboutisse à des arrosages… Des arrosages d’électeurs! 

Patrick BELCOURT
Leader
EN AVANT MORIS