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Wangari Maathai – Écologiste et Femme Politique

Wangari Maathai | @internationaltreefoundation

C’est regrettable que les médias locaux ont passé sous un silence presque complet la disparition de Wangari Maathai, cette militante africaine qui s’est dévouée corps et âme pour l’Afrique en général et pour son pays natal, le Kenya, en particulier. Pour réparer ce que nous considérons comme une injustice envers les femmes, nous aimerions partager ces quelques réflexions avec vos lecteurs. – Par RAFAL

Dans ‘Facing Mount Kenya’, livre qui fut publié en 1938, Jomo Kenyatta nous présente une thèse anthropologique sur les us et coutumes des Kikuyu. Dans ce livre culte, il est beaucoup question des relations cordiales entre les Africains et la terre de leurs ancêtres. Il parait que ceux qui ont colonisé ce continent pour, supposément, apporter la civilisation et le bonheur aux peuples autochtones n’ont pas su comprendre cette révérence des Africains pour leurs ancêtres et cet attachement aux terres ancestrales. Si, depuis quelques années, soit la sécheresse, soit des inondations dévastatrices font des ravages dans certaines régions de cet immense continent et des peuples entiers doivent faire face à la famine, il y a de multiples raisons pour tout expliquer. Qu’on se le dise, la déforestation est en grande partie responsable de cet état des choses. Et à la base de tout cela il y a eu des colonisateurs et autres investisseurs venant de l’extérieur, supposément bien intentionnés,  pour ‘développer’ les pays africains mais qui en fin de compte ont fait plus de tort que du bien. Il y a aussi le fait que certains dirigeants africains, ayant dans leurs pays une main d’œuvre docile et bon marché, et des richesses minières et forestières immenses, ne pensent qu’à l’argent et à leurs femmes et autres progénitures.

C’est un secret pour personne que l’Afrique est un continent très riche que les grandes puissances ont exploité depuis des décennies pour leurs propres avantages – quitte à ruiner, écologiquement parlant, cette terre africaine. Malheureusement, cela se fait souvent avec la connivence de certains dirigeants africains eux-mêmes qui tirent bien des avantages personnels de ces cas de déboire. ‘The Scramble for Africa’ est toujours d’actualité, ça continue toujours, avec des chefs d’état les uns plus corrompus que les autres, en Afrique et ailleurs, et certaines multinationales qui n’ont que l’argent et le profit en tête – quitte à détruire notre planète. C’est vrai qu’il y a eu des Africains qui n’ont pas voulu accepter cette vile exploitation de leurs peuples et leurs terres, à l’instar d’un Patrice Lumumba du Congo ou d’un Thomas Sankara du Burkina Faso ou encore d’un Nelson Mandela. Mais dans bien des cas les puissances étrangères fomentent des troubles et autres révoltes pour éliminer les dirigeants qui n’acceptent pas leurs diktats, et intronisant des pantins à leurs places. C’est fait en connaissance de cause pour mieux exploiter les richesses du continent noir. Puis quand il y a la famine, les médias pavoisent des photos d’enfants mourant de faim dans les bras de leurs mamans; et les pays riches font alors tout un tam-tam pour montrer au monde qu’ils envoient de l’aide alimentaire et humanitaire. C’est paradoxal que les multinationales qui exploitent ces terres africaines à outrance ont leurs bases dans ces mêmes pays riches! 

Heureusement qu’il y a eu des personnes qui aiment, ou qui ont aimé, cette terre d’Afrique à l’instar de Julius Nyerere, Albert Schweitzer, Nelson Mandela, Desmond Tutu et Kuki Garland (auteure de I dreamed of Africa). Il y a aussi Wangari Maathai, activiste environnementale et militante pour la démocratie, qui est décédée récemment à l’âge de 71 ans. 

Née dans une zone rurale du Kenya, pays pauvre d’Afrique de l’Est, Wangari Maathai était l’aînée d’une famille de six enfants. Ses parents, de l’ethnie kikuyu, sont des fermiers qui luttent pour la subsistance de leur tribu dans les White Highlands du Kenya. C’est grâce à la mentalité progressiste de ses parents que Maathai a la chance d’aller à l’école. Elle va aux Etats-Unis en 1964 pour des études universitaires, puis continue ses études dans son pays natal ainsi qu’en Allemagne. Elle a été la première lauréate d’un doctorat en Afrique centrale et de l’Est. Elle est aussi devenue la première Kenyane à prendre la tête d’un département à l’université, en l’occurrence celui de l’école vétérinaire. Elle s’est imposée dans le monde de la politique et a subi la pression de ses homologues masculins. Elle a dirigé la Croix Rouge kényane dans les années 70, puis elle a été secrétaire d’Etat kényane à l’environnement entre 2003 et fin 2005.

Karura Forest, Nairobi, Kenya | @Ninaras

Lorsque Wangari était petite, son pays était vert et riche de plantes et de poissons. Mais lorsqu’elle rentre au Kenya, après ses études outre-mer, tout a changé. La plupart des arbres ont disparu, laissant place aux champs cultivés. Les changements climatiques inquiètent, les espèces s’éteignent, les ressources s’épuisent, les villes s’étendent. Face à la pauvreté et à la famine liée à la déforestation, elle prône de semer des arbres autant que des idées. Elle exhorte la population à entreprendre une révolution morale, et les Etats à s’unir pour prendre leurs responsabilités. En 1977, Wangari Maathai fonde le mouvement ‘Green Belt’ ou ‘Ceinture verte’ au Kenya. Son mouvement, ayant comme principal projet la plantation d’arbres en Afrique, vise à promouvoir la biodiversité tout en créant des emplois pour les femmes et en valorisant leur image dans la société. Elle fait planter des millions d’arbres pour lutter contre l’érosion des sols et fournir du bois à l’usage des populations locales. L’organisation Green Belt’ a planté depuis 1977 près de 40 millions d ‘arbres sur le continent.

Wangari Maathai | Lauréat du prix Nobel de la paix | Développement durable, démocratie et paix

En 1997, sa candidature à l’élection présidentielle kényane a été retirée par son propre parti, quelques jours avant le scrutin et sans qu’elle en soit informée. Cela n’a pas découragé Wangari Maathai, qui a été finalement élue au Parlement kenyan en décembre 2002. En janvier 2003, elle est nommée ministre adjoint à l’Environnement, aux Ressources naturelles et à la Faune sauvage. Femme de coeur et d’action, elle a reçu en 2004 le prix Nobel de la paix pour ses engagements et ‘pour sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix’. Elle  participe par la suite à la création d’une ‘Arche de Noé verte’ dans l’Arctique, pour préserver les espèces végétales. Ces dernières années, la militante s’était investie dans la sauvegarde de la forêt du Bassin du Congo en Afrique centrale, deuxième massif forestier tropical au monde.Wangari Maathai a été une femme très forte. Son mari, un politicien kenyan avec lequel elle a eu trois enfants, s’est séparé d’elle en 1979 au motif qu’elle était ‘trop éduquée, trop forte, trop têtue, qu’elle avait trop de réussite et qu’elle voulait trop prendre les choses en main . Quand son mari affirme au juge qu’elle avait un trop fort caractère pour une femme et qu’il était incapable de la maîtriser, le juge lui a donné raison. Pour avoir déclaré dans la presse que ce juge ne pouvait qu’être incompétent ou corrompu, elle est emprisonnée pour la première fois, durant quelques jours. Cette femme nous fait penser à Phoolan Devi, cette fille de l’Inde que certains appelaient ‘the Bandit Queen’ tandis que d’autres disaient qu’elle était ‘a female Robin Hood’

7 juillet 2001, Wangari Maathai est arrêté peu de temps après avoir planté des arbres à Freedom Corner pour commémorer Saba Saba

Dans son combat pour l’environnement au Kenya, Wangari Maathai, la militante, s’était heurtée à la corruption et à la répression policière. Sous la présidence de Daniel Arap Moi, elle est emprisonnée plusieurs fois, notamment, en 1991, où elle est libérée sous caution à la suite d’une lettre d’Amnesty International, et violemment attaquée pour avoir demandé des élections multipartites, la fin de la corruption et de la politique tribale. Sa renommée mondiale est acquise lors de son opposition au projet pour la construction de la maison luxueuse d’Arap Moi, projet abandonné suite à son action. En effet, le projet envisageait d’abattre des arbres sur plusieurs acres de terre. Elle continue à défendre les forêts kényanes et la démocratie au péril de sa vie ou de sa liberté. Elle prône l’utilisation constante de la non-violence et des manifestations populaires avec l’aide des organisations internationales. Elle est active aussi bien dans le domaine de l’environnement que dans celui des droits de la femme.

Daniel Arap Moi | @George Mulala/Reuters

Wangari Maathai est parfois affectueusement surnommée « la femme des arbres » (tree woman). ‘Pour l’amour des arbres’ est le récit des grandes étapes du long combat de cette grande dame contre la galopante déforestation de son pays, le Kenya. Dans son autobiographie publiée en 2006 intitulée “Insoumise: l’histoire d’une femme”, elle raconte comment, sous l’effet du changement climatique notamment, l’environnement s’est dégradé dans sa région du Mont Kenya. Cette femme, que Desmond Tutu a qualifiée de “a true African heroine” est une référence qui doit servir d’exemple à toutes les femmes (et pourquoi pas les hommes?), de par le monde, qui veulent d’un avenir meilleur pour cette planète que l’on appelle Terre!