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Economie

Emprunt frauduleux de Rs 1,2 milliard : des cadres de la SBM dans le viseur du CCID

La SBM ayant été menée en bateau par l’Indien Hiteshkumar Chinubhai Mehta, le CCID enquête pour déterminer s’il y a eu connivence ou négligence. Raj Dussoye, l’ancien patron de la banque devra aussi être entendu.

Le Central Criminal Investigation Department (CCID) poursuit son enquête entourant l’octroi d’un prêt de 30 millions de dollars américains, soit Rs 1,2 milliard au taux de change d’alors, en faveur de la firme dubaïote Renish Petrochem. L’homme d’affaires indien Hiteshkumar Chinubhai Mehta qui en est l’unique actionnaire a été un client « régulier » de la banque mauricienne. Il a profité de sa position pour garantir à titre personnel ce prêt censé financer un projet d’achat de produits pétroliers à Prime Energy allant être revendus à profit à Lanka OIC Plc, une filiale d’Indian Oil Corporation.  

Dans le cadre de cette affaire, la SBM a de nouveau eu gain de cause auprès de la justice dubaïote en décembre dernier. La première fois, en septembre 2020, le Dubai International Financial Centre avait sommé Renish Petrochem et Hiteshkumar Chinubhai Mehta de lui restituer 31 245 932 dollars américains, incluant le taux d’intérêt. Cette fois, c’est 21 890 819 millions de dollars qui doivent lui être remboursés. Malheureusement, l’homme d’affaires indien s’est évanoui dans la nature. 

Un haut cadre de la SBM qui était parti négocier ce prêt sera bientôt entendu par le CCID. 

L’ancien patron de la SBM, Raj Dussoye, poussé à la démission après ce scandale, sera également interrogé lorsqu’il sera au pays. D’après l’accord daté du 17 novembre 2017 liant la SBM et Renish Pretroleum, le prêt n’allait être accordé que si elle traitait avec Prime Energy. 

Entre janvier et juin 2018, Renish Petrochem a exigé que l’argent soit viré sur un compte de Prime Energy. Soit en six tranches : 10 445 168 dollars le 19 mars 2018, 8 844 660 dollars le 24 avril 2018, 13 751 100 le 22 mai 2018 et 7 439 719 le 6 juin 2018 via la National Bank of Kuwait. 

Les trois premières tranches ont été remboursées pour « rassurer » la SBM, permettant ainsi à Mehta d’empocher les 30 millions de dollars. L’homme d’affaires a coupé tout contact avec la SBM après un défaut de paiement d’une semaine et a disparu dans la nature fin juin 2018. Renish Petrochem, elle, a fermé ses bureaux. 

L’argent transféré sur le compte de Prime Energy a été remis à Renish Petrochem presque immédiatement, ce qui fait dire à la SBM qu’elle a été victime d’une escroquerie bien calculée. 

Un autre virement du compte de Prime Energy a été fait au bénéfice de Petro Hub Energy, une société dirigée par nul autre qu’Ayaz Ahmed… le CEO de Renish Petrochem. Prime Energy avait déjà cessé ses activités lorsque la SBM a saisi la justice dubaïote pour le gel de ses comptes bancaires. Quand la banque mauricienne a réclamé un « immediate judgement » le 12 août 2020, Prime Energy a sollicité une « variation order ». En octobre dernier, Prime Energy a conclu un accord confidentiel avec la SBM, ce qui l’a exclu du verdict rendu le 29 décembre dernier. 

Mehta avait d’abord soutenu qu’une campagne malsaine orchestrée par des rivaux contre Renish Petrochem l’aurait poussé à cesser ses activités et à trouver refuge en Inde. Il a eu gain de cause dans l’appel contre un verdict rendu en mai dernier par le Dubai International Financial Centre. En octobre 2021, il s’est présenté devant cette même instance, mais semble avoir été surpris par le deal entre Prime Energy et la SBM, ce qui pourrait expliquer pourquoi il a de nouveau disparu. 

Notons que malgré l’enquête de la CCID à Maurice, le juge Lord Angus Glennie a jugé que la banque ne peut dire qu’elle a été victime d’une escroquerie bien rodée parce que Lanka OIC Plc n’a pas répondu à ses sollicitations autour d’un deal avec Renish Petrochem. Dans son verdict il fait ressortir que «  […] I reject the fraud case based on the Facility Agreement Representations as formulated in paras 9 and 40 of the Particulars of Claim. There is, in my view, simply no evidence to support it ». Il ajoute également que le fait que Renish Petrochem ait remboursé trois des six tranches déboursées ne signifie pas non plus que c’était une stratégie pour escroquer la SBM.

« It is entirely speculative to suggest that it was all done to lull the Bank into a false sense of security, to encourage it to make advances to the limit of what was covered by the facility before defaulting and walking away from it leaving the Bank to suffer the loss », souligne le juge.