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Shaheen Abdul Carrim : « Maurice est désormais un exemple dans la région »

La Financial Services Commission (FSC) a publié son Consultation Paper sur le cadre réglementaire pour le secteur de la « compliance ». La CEO de RockFin explique que les normes et un minimum de «level-playing field » sont nécessaires.

RockFin est un acteur majeur dans le domaine de la Compliance. Pouvez-vous nous parler de ce secteur d’activité et de son importance pour l’économie locale?

 La « compliance » ou la conformité n’est pas un concept nouveau. Originaire des pays anglo-saxons, la « compliance » a vu le jour dans le secteur très réglementé de la finance notamment dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux. Cependant, à l’ère de la mondialisation, la « compliance » a connu un essor considérable et concerne désormais tous les secteurs d’activités.

 Elle regroupe l’ensemble des processus destinés à assurer qu’une entreprise, ses dirigeants et ses salariés respectent les normes juridiques et éthiques dans leur domaine. Cela permet ainsi de préserver l’entreprise des risques financiers, juridiques ou qui peuvent être néfaste à sa réputation lorsqu’elle ne respecte pas les conventions, la déontologie, l’éthique, les lois ou la réglementation. Lorsqu’une entreprise est mise en cause, les conséquences sont tout à la fois financières, commerciales et humaines. La société en question va forcément en pâtir.

 Sans intégrité, le système financier ou autre serait dysfonctionnel et cela échaudera les investisseurs. Sur le plan business et opérationnel, c’est en effet, un outil essentiel en matière d’organisation et de développement interne et externe de l’entreprise. Démontrer que l’on arrive à mesurer l’efficacité de son dispositif de conformité est un véritable avantage compétitif qui, de plus, permet de préserver une image positive de l’entreprise, ce qui est facteur de confiance pour les clients.

 Face à l’augmentation des scandales, médiatisés rapidement sur les réseaux sociaux, les entreprises se doivent de réagir.

Comment cela s’est passé pour RockFin à la suite de l’inclusion du centre financier mauricien sur la liste grise du GAFI et la liste noire de l’UE?

L’inclusion de Maurice sur la liste grise du GAFI dans un premier temps et la liste noire de l’Union européenne, par la suite, a été un « wake up call » tant pour les autorités que pour les opérateurs du secteur financier et autres. Les exigences liées à la « compliance » et la lutte contre le blanchiment se sont retrouvées au premier plan, devenant du coup la priorité de tous.

Au niveau de RockFin, nous avons vu la demande de nos clients doubler du jour au lendemain. Ceci est très positif car cela démontre la volonté de chacun de mettre en place des procédures strictes pour assurer la conformité et mitiger les risques. De même, cela a permis de sensibiliser toutes les parties à l’importance de politiques de conformité efficaces et, essentiellement, à leur application opérationnelle.

Face à la demande des clients, RockFin a dû examiner en détail les activités et les spécificités des clients, et de proposer des solutions de conformité efficaces et adaptées à leurs activités, en se démarquant de l’approche « one size fits all ».  

L’exclusion de Maurice de la liste du GAFI et de l’Union européenne arrive après l’introduction de normes de conformités beaucoup plus élevées! Cela ne va-t-il pas affecter l’attractivité de Maurice, en sachant que de nombreux investisseurs refusent souvent de faire des affaires dans un pays en raison des difficultés rencontrés pour être conformes aux différentes exigences de ce pays ?

 Je pense, au contraire, que cela va attirer les investisseurs, car cela va les mettre plus en confiance. Maurice a démontré sa capacité à réagir rapidement et à prendre les mesures requises dans une situation de crise. Nous sommes désormais considérés comme un exemple dans la région et c’est tout à notre avantage. C’est toujours plus rassurant d’investir dans un pays qui respecte les normes internationales.

Comment accueillez-vous le Consultation Paper de la FSC sur le cadre réglementaire pour le secteur de la « Compliance » ?

De manière très positive, compte tenu de l’importance de la conformité, comme je l’ai expliqué précédemment. C’était une nécessité de disposer de normes minimales dans le secteur et de veiller à ce qu’il y ait un minimum de «level-playing field ». Bien sûr il y a certains éléments qui doivent encore être discutés et clarifiés. Des sessions de travail seront nécessaires avec la FSC pour tout finaliser.

Maurice a-t-elle suffisamment de bras pour soutenir ce secteur, où faut-il se tourner vers l’étranger pour assurer sa croissance ?

Je pense que nous avons suffisamment de ressources qualifiées à Maurice pour soutenir et développer ce secteur. Si on se fie à l’effervescence de la « compliance » en ce moment, avec une hausse considérable des « services providers » en la matière entre l’année dernière et cette année, je pense que ce sont plutôt les pays étrangers qui vont se tourner vers nous.