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Economie

Les étrangers ont investi Rs 5,5 milliards dans l’immobilier en 2021

Malgré les nombreuses nouvelles avenues économiques annoncées par le gouvernement, notamment dans les deux derniers Budgets, les investissements étrangers restent concentrés dans un seul secteur, à savoir l’immobilier.

L’île Maurice a enregistré Rs 8,5 milliards comme Investissement Direct Étranger (IDE) pour les neuf mois de 2021. C’est une baisse de plus de Rs 2 milliards comparativement à la même période en 2020 (Rs 10,6 milliards).

Les investissements étrangers restent concentrés dans un seul secteur, à savoir l’immobilier. 65,5% des IDE totaux, soit Rs 5,5 milliards, ont été investies dans le « Real Estate », dont Rs 3,8 milliards dans les projets haut de gamme à l’instar des IRS/RES/IHS/PDS, entre autres.

Deuxième secteur privilégié par les investisseurs étrangers, très loin derrière celui de l’immobilier, est le secteur de l’hébergement et de la restauration, avec un montant enregistré de Rs 944 millions.

France et Afrique du Sud en pôle position

Évidemment, c’est l’Occident qui a investi le plus à Maurice, soit Rs 4 milliards, représentant 47,7% du montant total reçu. Plus de Rs 2 milliards proviennent de l’Hexagone. La France reste donc le premier pourvoyeur d’IDE à Maurice.

Plus proche de nous, les Sud Africains ont investi Rs 1,4 milliard alors que le troisième contributeur est les Émirats Arabes Unis, avec un montant de Rs 693 millions. Considéré depuis quelques années comme l’un des investissements les plus sécurisés, le marché immobilier mauricien est devenu le plus important contributeur d’investissement direct étranger (IDE) dans l’économie mauricienne.

Depuis 2002, le gouvernement mauricien a ouvert le marché immobilier de l’île aux étrangers leur permettant d’investir et d’acheter une propriété résidentielle à Maurice dans des conditions définies soutenues par des programmes immobiliers sur-mesure comme le fameux « Integrated Resort Scheme ».

« Je suppose que nombreux de ces investisseurs dans le secteur immobilier sont des retraités. C’est d’ailleurs la politique du gouvernement de les attirer à Maurice. Néanmoins, ce n’est pas cela qui va redynamiser notre économie. Certes ceux qui sont installés à Maurice vont consommer localement, mais on s’est très bien que la majorité de nos besoins sont importés, donc cela va influer davantage sur notre balance commerciale et la balance de paiement. Ils vont sans doute aussi employer quelques personnes, mais c’est insuffisant comme effet multiplicateur pour une économie. Ce n’est pas l’immobilier qui va relancer la machinerie économique », explique l’économiste Pierre Dinan à afm.media.

L’avertissement de la Banque mondiale

« Alors que la plupart des secteurs de croissance traditionnels sont confrontés à un déclin ou à une grande incertitude à moyen terme, il est plus urgent que jamais de développer de nouvelles activités économiques productives et d’augmenter la productivité dans les secteurs de base », prévient la Banque Mondiale dans son Country Economic Memo sur Maurice.

La Banque mondiale affirme que le pays nécessite un changement du modèle de croissance tiré par la consommation d’avant la Covid-19 avec des investissements principalement axés sur l’immobilier. « Il faut encourager davantage d’investissements privés, y compris de l’étranger, pour développer de nouvelles activités de croissance productives et moderniser celles qui existent pour que Maurice retrouve une trajectoire de croissance durable et développe l’économie conformément à son aspiration déclarée en tant que pays à revenu élevé axé sur la technologie et l’innovation », souligne l’institution.

Faux départs : Ocean Economy, Knowledge Hub…

« Pour l’investisseur, le secteur immobilier reste une valeur sûre alors que les autres secteurs économiques sont en train de stagner. C’est partout pareil. Mais, dépendre que d’un secteur pour attirer les investissements directs étrangers n’est pas bénéfique pour un pays », explique Pramode Jaddoo, économiste.

Ce dernier souligne les faux départs de nombreux projets. « L’économie bleue n’a jamais démarré, alors qu’elle aurait pu générer beaucoup d’investissements. Idem pour le Knowledge Hub. Je pense qu’on n’est pas assez agressifs à l’international, où on a tendance à privilégier que le secteur touristique et immobilier au détriment des autres. »

« Il nous faut des investissements dans des secteurs qui nous font exporter, qui réduisent notre importation de carburant », ajoute-t-il. « Pour que les investisseurs s’intéressent aux autres secteurs, il faut qu’on leur offre quelque chose de vraiment extraordinaire, qu’ils ne vont pas trouver ailleurs ». L’économie bleue en est un exemple, dit-il. « Notre ressource n° 1 est notre zone économique exclusive, mais nous n’arrivons pas à le faire décoller, alors que c’est un projet qui date de plusieurs années déjà. C’est là où le bât blesse !”, déclare Pierre Dinan.

Dans le Budget 2019/20, le premier du nouveau gouvernement, le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a affirmé l’intention de réinventer l’économie locale. « Notre plan de relance économique va également propulser Maurice dans l’ère de l’innovation et des nouvelles technologies. C’est une condition sine qua non pour mettre notre économie sur la voie d’une croissance plus robuste », avait-il déclaré.

Pour le dernier exercice budgétaire, le gouvernement a annoncé de nombreuses mesures ambitieuses pour tenter de diversifier, mais surtout d’accroître les investissements dans le pays, dont l’avènement d’une industrie biotechnologique et pharmaceutique. Rs 1 milliard de roupies seront investies au sein du Mauritius Institute of Biotechnology pour l’implantation d’une usine de production locale de vaccins contre la Covid-19 et d’autres vaccins.

« Le plus tôt possible, je dis bien le plus tôt possible. On travaille pour qu’on puisse avoir une entreprise de renom, une entreprise internationale qui puisse s’installer à Maurice. On travaille vraiment dessus pour que d’ici juin 2022 qu’on puisse réellement établir cette institution et qu’on puisse commencer à produire des vaccins », a affirmé Renganaden Padayachy au Parlement, fin 2021.