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“Avec le prix du carburant actuel, je pense qu’il est inévitable d’avoir une croissance du prix du ticket d’autobus”

Nécessaire pour beaucoup, mais aussi critiqué par certains, le service des autobus publics est prêt à changer de visage. Du moins, c’est le cas de la Compagnie nationale de transport (CNT) qui prévoit de remplacer sa vieille flotte par des bus électriques. Afm.media a rencontré son General Manager, Rao Ramah qui revient sur les routes desservies par la CNT, sur l’introduction du service de minivan ou encore l’investissement massif de Rs 2 milliards prévu prochainement par la compagnie.

Présentez-nous la Compagnie nationale de transport en quelques chiffres.

La CNT compte plus de 500 véhicules qui desservent environ 97 routes à travers l’Ile Maurice. Nous comptons 2300 employés, dont la majeure partie comprend les chauffeurs et les contrôleurs. Le reste de l’équipe est soit au garage soit dans le côté administratif.

De ces 97 routes desservies, laquelle ou lesquelles sont les plus rentables pour la CNT ?

Parmi les routes les plus populaires de la CNT, il y a la route 122, la route 37 qui fait le trajet Curepipe/Quatre-Bornes ou encore la 163, soit celle de Vacoas-Port-Louis.

Nos routes sont classées comme A, B et C. Ce sont les A et B qui sont les plus rentables. Les routes C sont ce que l’on appelle les « social routes ». Elles comprennent les longs trajets comme la 197 qui sort de Rivière-des-Galets pour se rendre à Port-Louis : c’est la plus longue route que la CNT dessert !

Les routes classées C ne sont pas vraiment rentables pour l’entreprise, mais la CNT a pour vocation d’offrir un service au public. De ce fait, rentable ou pas, il nous faut les desservir ! Il faut comprendre que la CNT n’est pas un « profit-making company », mais plutôt un « service provider » au public.

Malgré le nombre d’autobus et de routes desservies, il y a toujours des complaintes du public par rapport à un manque de véhicules. Qu’en pensez-vous ?

Il faut savoir que la CNT transporte plus ou moins 140 000 personnes par jour sur les 97 routes sur lesquelles elle opère. C’est sûr qu’il y aura quelques complaintes. Nous savons que ces complaintes surviennent surtout durant les « peak times » à Curepipe, à Vacoas ou à Chemin-Grenier. La Compagnie nationale de transport travaille d’arrache-pied pour régler ce problème !

Parmi les solutions trouvées, il y a celle du service de minivan de la CNT. Ce service a été introduit pour décongestionner certaines routes lors des heures de pointe. Cela vient répondre aussi à un de nos objectifs économiques, puisque les vans coûtent moins cher en termes opérationnels que les gros bus de 60 places. Le service de minivan est déjà lancé à St-Hubert, à Camp-Levieux et récemment à Chemin-Grenier. Les prochaines régions qui en bénéficieront sont Rivière-du-Rempart et Albion.

Certes, les minivans ne vont pas résoudre tous les problèmes, mais nous envisageons aussi d’acheter de gros bus pour compenser. Ainsi, d’ici octobre, la CNT prévoit d’acheter une vingtaine de bus de 50 places qui seront placés sur les routes. Cela devrait définitivement soulager le manque de transport.

Que dire des complaintes par rapport à l’état de certains autobus de la compagnie?

Nous sommes conscients que nous avons une vieille flotte de véhicules en ce moment. La CNT compte à peu près 300 véhicules sur la flotte de 500 véhicules qu’il faut remplacer – certains d’entre eux ont plus de 17 ans. Nous savons que ces bus sont très inconfortables et nous avons même vu des vidéos où les bus coulaient… Donc il est absolument essentiel de remplacer ces bus-là !

Une fois qu’on aura remplacé ces vieux bus, on aura automatiquement un meilleur service puisqu’il y aura moins de pannes mécaniques et les bus seront plus confortables. En plus, ce remplacement sera économiquement positif pour nous puisque cela nous coûtera moins cher vu que les vieux bus consomment beaucoup plus que ce soit pour la maintenance, les réparations et le Diesel.

À quand le remplacement de ces autobus donc ?

Je pense qu’on aurait dû remplacer ces vieux bus depuis bien longtemps. Néanmoins, pour le moment la CNT se focalise à trouver les fonds qu’il faut pour cette acquisition massive. L’idéal serait de remplacer ces bus par des bus électriques !

Nous travaillons d’ailleurs sur un projet qui comprend le remplacement de 200 autobus datant de plus de 15 ans par des bus électriques. Ces véhicules électrifiés coûtent malheureusement bien plus cher qu’un véhicule thermique : je dirais entre 3 ou 4 fois plus cher ! Donc, à ce jour nous essayons de trouver les fonds nécessaires.

Nous espérons vivement opérer cette transformation l’année prochaine. Cela nous laisse le temps de réunir les fonds, d’investir, de commander et de déployer les bus sur les routes selon la bonne structure.

À combien estimez-vous l’investissement pour cet achat de nouveaux bus ?

Les fonds nécessaires pour renouveler la majorité de la flotte avec des bus électriques sont estimés à Rs 2 milliards environ.

On a fait un « Cost-benefit analysis », on a fait les calculs et analyser les scénarios pour démontrer qu’avec cet investissement majeur, la CNT est partie pour une activité durable à long terme… Ce qui est un bon point au niveau économique, mais aussi environnemental !

Combien de temps cela prendra pour rentabiliser cet investissement ?

Je pense qu’on pourra rentabiliser assez facilement et rapidement. Il faut compter environ 5 à 6 ans probablement pour amortir le coût de l’investissement initial. Sachant qu’un bus électrique a une durée de vie allant jusqu’à 12 ans au moins, à long terme on sera gagnant.

En plus, un bus électrique est égal à moins de dépenses courantes. Par exemple, le coût d’opération est réduit de moitié par kilomètre si l’on compare l’électrique au Diesel : c’est un gros avantage pour la CNT qui achète environ Rs 300 millions de Diesel par an. Aussi, le bus électrique ne demande pratiquement pas de maintenance. Si on arrive à économiser sur ces points, cela va nous aider à investir dans d’autres projets. Nous avons là, une vision stratégique pour une vraie transformation.

Est-ce qu’il y a une possibilité que la CNT passe à une flotte 100 % électrique dans le futur ?

Pour le moment, nous avons acheté un bus électrique. Les retours sont bons et on a de très bons résultats en termes d’économie d’énergies : selon nos données, le même trajet coûte 50 % moins cher en électrique. Mais passez totalement à l’électrique, je ne sais pas !

Ce que je peux dire, c’est que dans son plan de renouvellement, la CNT a prévu de remplacer 361 bus sur les 4 prochaines années : 200 l’année prochaine, et la différence échelonnée sur le reste du temps. Si on arrive à renouveler les 200 comme prévu, ce sera déjà un grand pas dans la bonne direction avec un remplacement de presque la moitié de la flotte. Le reste dépendra de nos finances.

Est-ce que le passage à l’électrique ainsi que les événements à l’international (guerre en Ukraine, hausse du prix du carburant…)  ne pousseront-ils pas à une hausse du prix du ticket d’autobus ?

La hausse du prix du ticket d’autobus doit venir indépendamment de l’amortissement du coup du bus électrique. Cela fait un moment qu’il n’y a pas eu de révision du prix du ticket, depuis au moins 2014. Entre temps, tout a augmenté avec l’inflation, la Covid-19 et tout ce qui se passe en ce moment avec la guerre en Ukraine. Avec le prix du carburant actuel, je pense qu’il est inévitable d’avoir une croissance du prix du ticket d’autobus. Il y a un comité qui travaille dessus au ministère, ce sera « sooner than later »…

La CNT, et, je pense, tous les autres opérateurs ont le même problème : on a beaucoup de mal à couvrir les coûts. Il est donc nécessaire d’avoir une augmentation pour pouvoir continuer à investir et à offrir ce service au public.

Quelques mots sur les opérations de la CNT depuis la venue du Metro Express ?

Selon les chiffres, le Métro peut transporter jusqu’à présent uniquement 50 000 personnes par jour environ, tandis que nous pouvons transporter environ 140 000 à 150 000 par jour. Il est clair que ce nouvel opérateur va en effet affecter les revenus des trois opérateurs principaux incluant la CNT. Il est évident que nous aurons une baisse de l’ordre de 10 à 15 % environ, mais il s’agit maintenant de trouver des revenus ailleurs. C’est à nous de mieux optimiser nos opérations, avec les bus électriques par exemple. Cette initiative et la hausse du prix de l’essence pourraient encourager plus de gens à voyager avec la CNT : et si le bus est confortable, je pense que les gens ne vont pas trop hésiter.

Quels sont vos autres projets pour améliorer les opérations de la CNT ?

Je dois dire que la CNT a malheureusement beaucoup de vieux systèmes. Il nous faut absolument moderniser les opérations notamment au niveau de la gestion de la flotte, de la maintenance, des réparations, etc. : il faut tout digitaliser.

Nous prévoyons aussi d’équiper tous nos bus avec un système de GPS pour faciliter le contrôle des kilomètres couverts et mieux gérer la maintenance automatiquement.

Est prévu également, le passage au système de cartes pour remplacer le « ticketing machine ». On va bientôt tester le système de cartes dans les bus.